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Oumar Ndao réterritorialise les planches de la bédé africaine

   Pour Oumar Ndao, la bande dessinée ou l’image narrative se révèle plus efficace pour rendre compte d’une vérité historique. Il faut reterritorialiser l’espace de la bd (africaine) en faisant sauter le véto du héros ‘’importé’’ afin d’installer au trône de la planche le héros africain, qui bien-sûr est de papier mais absolument de chair et de souffle, parce que né des entrailles de l’Histoire.    L’exercice auquel se soumet l’auteur consiste à ‘’mettre au monde’’ un héros africain inspiré de la figure de Ceddo. Ceddo ou Tiédo ou Cedo…a pour pluriel Sebbe (nous dit Papa Samba Diop dans Glossaire du roman sénégalais) et renvoie à un guerrier wolof des anciens royaumes de l’espace des actuels Sénégal, Gambie, Mauritanie… Le Ceddo, fidèle aux croyances traditionnelles africaines était opposé à la colonisation et inflammable au christianisme et à l’islamisation.     Le Ceddo, volens nolens, un grand guerrier reconnaissable à ses dread-lock et ses amulettes....

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

  Tous les hommes n’habitent pas … : une scénarisation signifiante …Il se joue ici une négociation de nouveaux contrats d’articulation entre les pôles du romanesque à savoir le personnage l’intrigue et l’espace. On a trois personnages, trois intrigues et trois principaux espaces qui sont superposés. Chacun des personnages principaux, formant un nœud avec son espace, l'habite  à sa façon.      Le récit oscille ainsi entre trouées anticipatrices et retours en arrière ; entre la vie de pasteur du père Hansen, la vie de cinéaste de sa femme et la vie de prisonnier du fils. Tout cela se fait dans un mouvement d’explication et de mise au jour des dessous de la situation présente. On pourrait rapprocher le dynamisme narratif ici du motif traditionnel du roman policier, qui ne peut ménager le coup de théâtre final qu’en préservant la possibilité de la surprise. Le lecteur ignore le motif de l’incarcération de Paul, il ne l’apprendra qu’à la fin du roman. ...

Elle, parmi ses souvenirs : une photo-socio-autobiographie de Tanella Boni

 Elle, parmi ses souvenirs : une photo-socio-auto-biographie de Tanella Boni        « Une photo, est-ce vraiment un bout de papier neuf ou vieilli par le temps ? C’est tout un art de l’ombre et de la lumière. Voilà pourquoi cet art, qui essaie de capturer une image et de la fixer quelque part – mais où donc ? – dira toujours sa part de vérité à propos de qui nous sommes, où nous vivons, quels sont nos rêves, nos relations, nos lieux de vie, les paysages que nous traversons, l’ambiance qui nous entoure »       La photographie, pour se faire connaître — il faut photographier les êtres et les objets si on veut les connaitre selon Zola ; pour faire découvrir certains aspects de sa vie personnelle et familiale, reconstituer ses souvenirs en commentant une photo — la photo étant d’une aide importante pour l’auteure soucieuse d’exactitude. C’est à cet exercice que se livre Tanella Boni ici dans ce texte en forme libre sans structure contraignante. Sinon,...

L'odeur des étudiants dans la fiction romanesque (ivoirienne)

    Ces Soleils ardents, roman de mœurs         Ces soleils ardents est un roman qui voudrait se lire comme une observation minutieuse de la réalité sociale et une représentation sans concession du milieu populaire (estudiantin). C’est un grand miroir — si on veut parler comme l’auteur de Le rouge et le noir— que l’on promène le long d’un amphithéâtre. On nous renvoie alors les conditions difficiles des étudiants (principalement) en offrant un portrait détaillé de leur vie, du reste misérable. Il y émerge toutefois une galerie de personnages étudiants qui, accrochés à leurs rêves, s’évertuent à résister aux tempêtes. Comme quoi, on peut tirer le diable par la queue et décrocher une étoile.          L’intrigue du roman s’élabore de fait autour du parcours tumultueux de deux jeunes étudiants, Iro (on pourrait entendre héros) et Thierry, représentant chacun une voix narrative. « Toi et Thierry vous êtes vraiment faits du même boi...

La politique de réédition

        —LA RÉÉDITION          Parlons de la réédition chez-nous ici. Pourquoi on ne réédite pas les classiques? Pourquoi on laisse les auteurs mourir? Parce que les rééditer ne sera pas rentable ? Parce que les éditeurs n'y ont pas droits ? Parce que on s'en fout? Parce qu'ils n'ont plus d'intérêts...?        Quelle est la politique de la réédition à chez-nous pays?      Il y a combien aujourd'hui qui ont lu ou qui savent que Le poète Zadi Zaourou a aussi écrit en se mettant  "À califourchon sur le dos d'un nuage"?         Qui les connaît, qui connaît leurs œuvres, Noël X Ebony, Jacques Anoma, Anoma Kanié, Bertin Doutéo, Louis Akin, Fatho Amoy, Ake loba, Amon d'Aby, Bohui Daly, Simone Kaya, Koffi Kwahulé, Charles Nokan... De quoi on se nourrit donc aujourd'hui, nous Sankofa de Koumassi?     Bien-sûr, il ne faut pas confondre nouvelle édition et réimpression que les un...

Yves Arsène Kouakou se remet à l'écriture

 Comme une nouvelle        Comme une confidence de Yves Arsène Kouakou , un recueil de nouvelles. Tout le monde est poète ici et accessoirement nouvelliste, la nouvelle étant considérée comme un genre réservé à ceux à qui il manque du souffle pour écrire un roman.       Alors, la première de couverture est plaisante du fait du choix de la couleur qui ne fait pas dans la violence et dans l'exubérance. Mais la quatrième de couv présente un petit passage inexpressif et quasiment invisible à cause du long cv qui sert de biographie de l'auteur - ainsi que le font les éditeurs ivoiriens.        Cinq petites nouvelles qui se lisent facilement. La première fait don de son titre au recueil et en même temps chaque nouvelle s'offre comme une confidence; des secrets dans le placard, à dévoiler. L'auteur a le mérite de réussir ses chutes; il réussit les petits dribbles finaux qui jettent du charme sur le recueil.      ...

Henri-Michel YÉRÉ, un poète gardien de la mémoire

   La langue yéréenne : flamboyante        « Si ce pays ne me blessait pas les doigts quand je l’écrivais d’une main en retenant mon cœur de l’autre, je me demanderais alors la raison de toutes ces routes qui attendent mon pas pour que, justifiées, elles tiennent en demeure les racines des arbres qui travaillent à lier le monde la nuit, pendant que complots et tortures rougissent déjà le ciel qui nous tiendra de matin »       Je vous propose qu’on rentre tout de suite dans le vif du poème. Henri-Michel Yéré est poète. Dans un paysage où tous se disent poète, où parole usuelle semble avoir plus d’écho que la parole poétique, il devient impératif de parler de la poésie de Yéré. Qui est poète ? Lui. C’est-à-dire, capable d’inventer une langue (pas creuse) qui touche, et de donner l’impression d’être seul à en inventer de cette manière, capable de retirer toutes les digues qui retiennent la langue prisonnière des chants usés de tous les jours. ...

Bébé la Reine Or : La rebelle de Fatou SY

  Bébé la Reine de l’or : la rebelle de Fatou Sy Voici ce qu’il faut lire, Reine Or. Une expérience inouïe. C’est une pièce volontairement subversive (dédiée à Koffi Kwahué) dans laquelle le jeu se joue entre la puissante voix féministe (et poétique) de Bébé, Reine Or et la voix du personnage collectif, l’Araignée.   Pourquoi alors L’Araignée ? Parce que l’araignée représenterait la créativité et l’énergie féminine. C’est Bébé, la Reine Or ¾ La rebelle de Fatou Sy ¾ qui est à la tête de cette organisation d’orpailleurs clandestins, comme la reine Pokou guidant son peuple. « Bébé : rassemblez les affaires nous partons ». « Cléo : Vous avez entendu la cheffe ? ». L’Araignée a ici de l’énergie à chaque fois pour surmonter les obstacles. « L’Araignée forme/la bande des abjects de l’or. /Ils portent à chaque/ Étape du processus, /le poids de leurs vies. /Le poids de leurs questions encastrées ».   Solidarité, amour et...

C'KATCHA A PLUSIEURS ARTS À SON CORPS

 C’KATCHA A PLUSIEURS ARTS À SON CORPS Samedi 30 septembre à l’Institut Français de Côte d’Ivoire, a eu lieu le spectacle de C’katcha, artiste-slameur aux multiples talents. C’était un projet entraînant. On a pris du plaisir à effectuer le Voyage jusqu’à la gare avec lui. Sur le chemin, on a rencontré nos langues mortes ou moribondes ; nos noms qui sonnent faux, nos riches patrimoines…et nos maques. C’était un spectacle étoffé et le discours sous-jacent pourrait se traduire par ce qui est devenu une formule consacrée : « Le Cahier d’un retour au pays natal ». Aujourd’hui plus que jamais la question qui pend au nez de tout être humain à chaque seconde est le Qui suis-je ? ou Qui sommes-nous ?  C’est sans doute cette question qui a inspiré la création de cette belle pièce. Entre parenthèses : Si on ne sait, visiblement, plus où on va, faudra savoir d’où on vient. Qui sommes-nous ? On est ceci et on ne l’est plus la minute d’après. On est seulement ce qu’on pourrait être. ...

La littérature de ceux qui vont venir demain : le Goncourt de l'IA

 La littérature de ceux qui vont venir demain : le Goncourt de l'IA      Nombreux sont les amis qui m'ont tagué sur le post du sieur Kaboré, qui propose ses services d'écrivain public posthumain. Avec seulement 50000 francs il peut écrire un livre pour vous en quelques jours. Soit il t'envoie la version numérique ou le livre physique après que tu auras payé, bien évidemment. C'est bien fait pour les gens comme Dix-fois-gbé qui croient que tout le monde ne peut être écrivain-là.       Ça semble être un business juteux au vu des nombreux commentaires de bénéficiaires et de solliciteurs. Une belle occasion pour ceux qui  luttent avec la page blanche; ceux qui rêvent d'être écrivain, qui ont le crâne-yacouba d'idée mais qui n'arrivent pas à écrire la première phrase et tutti quanti.        À ceux qui m'ont tagué, ce n'est pas mon combat hein (rires) et ce n'est pas nouveau. C'est une forme nouvelle ou évoluée du travail d'écri...

Ce n'est pas Abou mais la langue qui est l'héroïne

 Ce n’est pas Abou mais la langue qui l’héroïne ici !      "Ce n’est pas le tonnerre mais notre estomac qui gronde" est un conte urbain de Kapegik, poète-slameur, qui passe ainsi brillamment de la scène au livre. Ce conte, d’une quatre-vingt-dizaine de pages, a été publié par La Case des Lucioles, début 2023. Là où on s’attendait à un recueil de poésie (ou de slam, c’est selon) comme premier projet-livre, le désormais écrivain-conteur et poète-slameur surprend, sûrement, avec ce conte urbain.          Pourquoi urbain ? en raison du changement du paradigme traditionnel du conte. On n’est plus au village mais en ville ; on n’est plus dans la forêt dense ou la savane avec les personnages animaux pour dire notre condition d'être difficilement humain, mais on a directement l’homme qui joue son propre drame dans le conte. « Mais pour moi là, c’est conte qui se passe en ville. Y a pas animaux dedans, y a pas « il était une fois », c’est  « il é...

Placide Konan le poète-historien

 LE POÈTE EST UN DRESSEUR DE MÉMOIRE       Mil neuf cent cinquante, poème à long cours d’une quatre-vingt-dizaine de pages publié par La Case des Lucioles. C’est le second poème du poète Placide Konan après J’écris de profil salué par le Prix Horizon en 2019. 1950. Devoir de mémoire. Ça commence avec cette grande énergie, l’émotion sous-jacente, l’intention de tirer la langue du mort au soleil, de recoudre notre mémoire… Le poète revient sur les massacres de Dimbokro de 1950 en donnant à sa poésie le pouvoir de ramener un mort non-mort à la vie afin que celui-ci ‘’règle ses comptes’’ : avoir un nom, une carte du parti, des funérailles dignes…         Histoire et poésie se tiennent la main. Pour le poète, notre culture prend son envol sur une fabrique de l’oubli et de la surdité. C’est alors qu’il se vêt d’une toge d’historien en saisissant l’événement historique dans sa nudité avec toute sa violence et le poétise. Comme l’a fait Vinaver en re...

À propos de l'incipit

 Sur l’incipit…  En littérature, la première impression est la plus forte.  Eugène Delacroix  On va rappeler que « incipit » tire son origine dans la formule latine « incipit liber » : « ici commence le livre ». Il vient précisément du verbe latin incipere : « commencer » et désigne les premiers mots d'une œuvre musicale chantée ou d'un texte littéraire… ; il peut s’étendre jusqu’à un ou plusieurs paragraphes. Ses origines latines font qu’il garde la prononciation « inkipit ». En français, il arrive qu’on le désigne par le terme "phrase-seuil" ou même de "chapeau" pour parler comme les gens de la presse.  L’incipit constitue en réalité un enjeu majeur dans le processus de création.  Il doit donner envie de lire la suite, mettre mal à l’aise, dépayser, questionner, renseigner… Il donne lieu au pacte de lecture. Il sert à programmer la suite du texte, en définissant le genre, le point de vue adopté par le narrateur, les personnages, etc., mais surtout, IL DOI...

Des ailes au loin

       Il faut lire ce texte, c'est excellent! Le plaisir que ça procure... Je finis de lire et je suis content!      Destins de femmes. Voix de femmes en plein Moyen-Orient. Roman choral, les femmes (04 femmes) se passent la parole... De génération en génération, du même au pareil, dans une sorte d'atavisme. Les femmes de la même famille ont le même sort, ont le même destin...dans ce contexte de crise perpétuelle. Mais elles n'abandonnent pas...Elles aménagent, chacune son jardin, difficilement...      De la première à la dernière phrase, la langue est belle. Le rythme t'empêche de marquer une pause. Et cette harmonie entre l'incipit et l'excipit... Comment on fait pour commencer et terminer comme cela! Bellement! Incipit : La mer. Mes jambes fusaient. D'un instant à l'autre, je m'envolerais vers le ciel orangé et vide de nuages. __Prends à droite. J'ai sursauté. Comment Ahawa m'avait-elle rattrapée ? J'ai obéi et me su...

La saison des regrets

 "La Saison des regrets" est en quelque sorte un roman d'apprentissage. Jeunes, école, amitié, relations idylliques, trahisons... et une petite place aux parents. Les jeunes grandissent en se forgeant progressivement leur conception propre de la vie.      L'auteur se met dans une posture d'éducateur des personnages (jeunes), et du lecteur aussi en confiant sa voix à un narrateur extradiégétique ; il cultive alors chez ses personnages un développement personnel.  Naïve au départ, c'est à travers ses propres expériences qu'Anthai, peu à peu, grandit et mûrit. On lit ce roman et on se rappelle très vite  de "Les Frasques d'Ébinto"... Mais le récit va tout droit... Il manque de l'épaisseur ; il manque le romanesque qui tiendrait le lecteur en extase, qui lui donnerait envie de tourner la page sans se lasser. On attend la surprise, le " coup de roman". Hélas, ça ne vient (presque) pas.     Sinon l'auteur est poète, la langue se v...