La saison des regrets

 "La Saison des regrets" est en quelque sorte un roman d'apprentissage. Jeunes, école, amitié, relations idylliques, trahisons... et une petite place aux parents. Les jeunes grandissent en se forgeant progressivement leur conception propre de la vie. 


    L'auteur se met dans une posture d'éducateur des personnages (jeunes), et du lecteur aussi en confiant sa voix à un narrateur extradiégétique ; il cultive alors chez ses personnages un développement personnel. 

Naïve au départ, c'est à travers ses propres expériences qu'Anthai, peu à peu, grandit et mûrit. On lit ce roman et on se rappelle très vite  de "Les Frasques d'Ébinto"... Mais le récit va tout droit... Il manque de l'épaisseur ; il manque le romanesque qui tiendrait le lecteur en extase, qui lui donnerait envie de tourner la page sans se lasser. On attend la surprise, le " coup de roman". Hélas, ça ne vient (presque) pas. 


   Sinon l'auteur est poète, la langue se veut poétique. Cela se sent dès la phrase-seuil : << Hier dimanche, la pluie n'a cessé, une seule minute, de chanter toute la nuit. >>; << Le soir était couché sur la ville quiète et sourde>> (p.31)... Et le récit fait davantage un baise-main à la poésie dans un va-et-vient entre récit, lettres et poèmes. Puis, il y a cette démarche écopoétique remarquable de l'auteur ; une volonté manifeste de représenter Bonoua( géographie et culture - Popo carnaval, langue). Le récit se fait de facto mis en poème du lieu Bonoua. 


  Cependant, c'est moins intéressant de vouloir tout définir, de vouloir tout donner au lecteur, tout lui expliquer... Non! 


Show, don't tell! 


Le lecteur doit lui-même se construire le plaisir quand on fait bien... Et d'autres faits surprenants : les deux amies rencontrent Marc, leur ami résidant à Abidjan (p 57)... Quel est l'intérêt de cette rencontre dans le récit ? Que devient ce Marc? Pourquoi l'avoir mis au monde? Encore une ellipse surprenante de la page 77-78... De la page 78 à 86, je ne sais pas qui parle et de quoi il parle et la logique avec l'avant et l'après... Bref. 


Erick DIGBE, Écrivain-poète, correcteur-lecteur, critique littéraire. Consultant indépendant auprès des éditeurs


#dixfoisgbé

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