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La littérature postromanesque : vers la mort de la fiction

La littérature postromanesque : vers la mort de la fiction...         La littérature contemporaine ou contente de rien ou contente pour rien ou ou... Nous assistons, impuissants, ou complices, à une lente agonie de la fiction. Elle remonte à on ne sait plus quand, l'époque des romans d'intrigues élaborées, de personnages développés. C'est fini (ou presque) le temps où la littérature se faisait l’espace où l’imaginaire servait à éprouver le monde, à le penser autrement, à s’en émanciper, où la fiction était un laboratoire de l’humain. Aujourd'hui la littérature est devenue un cabinet de coaching. On devient écrivain pour des besoins de CV.         Non, le lecteur n’est plus invité à rêver ni à douter, mais à <<réussir>> par la "persévérance, la résilience". Ainsi le roman devient-il un miroir moral où chacun veut voir son visage glorieux. C'est le roman du survivant, du battant, du héros ordinaire qui triomphe après avoir traversé...

Où il est question d'obscurité dans la poésie

 Grégoire…Grelots…Grelottement… Il se nomme Grégoire Folly . Et c’est là que commence le poème, par la folie, par un grelottement. Sa poésie nous atteint de plein fouet par l’ampleur de son lyrisme. « sécher les pétales de l’eau dans l’incendie de la vie quand on essore une mort sous un soleil majeur et aride comme la pipe en terre de ma grand-mère qui flaire l’égout de l’air à l’intérieur de la maison… »  Dès le seuil du poème, le lecteur est séduit par la beauté des images et la force du propos, qui peuvent aussi le déconcerter. On rencontre des associations déroutantes, des périphrases obscures, des images insolites, qui peuvent donner du fil à retordre quant à la compréhension du poème qui coule comme un fleuve, si tant est que le premier plaisir est la quête du sens. « …je descends maintenant jusqu’aux colonnes du silex à la mesure de ses canaux d’eau calme et troubles mes yeux mangent les premiers fruits du silence »  Que fait Folly ? Il prend langue avec son kâ ou ...

Le voile de "doux leurre "

 Ô doux leurre.... Une dernière pour la route      Il y a des livres qui sont donc irrécupérables. Et les lire est une véritable torture comme si on était tombé dans les mains du Dr Laken Perillos...       Comment les gens deviennent écrivains ? Par accident. Par concours de circonstances. On devient écrivain comme on se marie dans une entreprise pour accéder à un poste de responsabilité. Un sésame qui coûte moins cher tant qu'on a quelques phrases maigrichonnes à aligner en espérant au final fabriquer une histoire sans tête, sans souffle. Avoir son homme sur un papier : au quartier on te kiffe.       Un écrivain m'a dit récemment : comme je dois animer une série de conférences, un livre à l'appui renforcerait mon message. Pardon, lis ça rapidement pour moi. C'est de cette manière qu'on devient écrinain dans ce pays. On "a réussi"; on s'est fait un nom dans un domaine, sur la toile...il manque que notre nom soit sur un papier p...

Dans les yeux d'un enfant

 Écritude 6 À Bamba Siaka Doh Ouattara        Samedi 07, sur l’invitation de l’École des poètes de Côte d’Ivoire, nous étions à l’IF pour regarder le monde dans les yeux d’un enfant : Écritude 6.      Faut croire, j’ai fait l’effort d’arriver à l’heure, et je me suis assis devant afin de tout voir dans la Ligne de mire , avec Lepetit Morveux .      La première partie ou l’avant-spectacle avec les tout-petits, Lerie S, Dean …, c’était un moment enchanté, même si les rappeurs ou le rappeur et son ami sont venus encombrer la scène sans qu’on ne sache où ils voudraient nous conduire. Bref ! Impatients , nous étions, corps de vieux, regards d'enfants.       De la performance, des textes profondément intimes, des tableaux magiques ; de la lumière, du rire, du Placide, et surtout de la tristesse. Surtout de la tristesse. Les Poètes, comme toi, ne sont pas nés à la rue des jardins.      Quand le spectacle ...

Comme une flamme éphémère

 Flamme pas si éternelle         Je vais vous dire deux mots de Flamme éternelle d’Etty Macaire, poème-livre publié par les éditions Continents. La couverture ? passons ! L’éditeur aurait pu être habile et exigeant avec lui-même que de nous proposer ça ! La Flamme éternelle, c’est Kwelie, c’est la muse du poète qui s’empare de lui, entièrement. Alors, il ne sait plus comment résister à l’écriture. Quand il refuse d’écrire « Kwelie !/ Des vers je n’en ferai point !/Des poèmes, je n’en accoucherai pas ? » (je ne sais pas pourquoi le point d’interrogation), c’est à ce moment que l’inspiration déborde.       Le poème est structuré en partie : Souffle I ; Souffle II… ; puis en sous partie : I, 2, 3… Chaque Souffle présente sous forme de didascalie l’état d’âme du poète à mesure qu’il obéit au diktat de l’inspiration. C’est en quelque sorte une mise en scène de l’instant de l’acte d’écriture à son amoureuse. Et ce jeu-là, Tiburce Koffi l'a mieux ...

"No finito" ou l'esthétique de l’inachevé chez Placide KONAN

 No finito ou l’esthétique de l’inachevé chez Placide Konan « Pour rappel INACHEVÉ est un projet qui consiste à vous faire découvrir des sons en général inachevés, bruts, dans leurs défauts, dans leurs imperfections d’un album que je prépare depuis 2020 et que j’ai décidé d’abandonner pour un autre projet d’album. Ce nouveau me parle plus et me tient particulièrement à cœur. Je mettrai donc en ligne, tous les dimanches à compter d’aujourd’hui, sur toutes les plateformes d’écoute, un slam de cet album qui ne sortira plus comme le premier livre que j’ai écrit ». Placide KONAN       Le dernier projet qui fait naître des questions en moi. Ce projet, un album slam s’intitule donc INACHEVÉ et nous renvoie à « Non finito » de Michel-Ange, qui traduit l’idée d’une « esthétique de l’inachevé.     Est-ce vraiment une œuvre inachevée ? Une œuvre artistique s’achève-t-elle, comme si on prétendait atteindre la perfection ? Il arrive à l’artiste d’être éternellemen...

Oumar Ndao réterritorialise les planches de la bédé africaine

   Pour Oumar Ndao, la bande dessinée ou l’image narrative se révèle plus efficace pour rendre compte d’une vérité historique. Il faut reterritorialiser l’espace de la bd (africaine) en faisant sauter le véto du héros ‘’importé’’ afin d’installer au trône de la planche le héros africain, qui bien-sûr est de papier mais absolument de chair et de souffle, parce que né des entrailles de l’Histoire.    L’exercice auquel se soumet l’auteur consiste à ‘’mettre au monde’’ un héros africain inspiré de la figure de Ceddo. Ceddo ou Tiédo ou Cedo…a pour pluriel Sebbe (nous dit Papa Samba Diop dans Glossaire du roman sénégalais) et renvoie à un guerrier wolof des anciens royaumes de l’espace des actuels Sénégal, Gambie, Mauritanie… Le Ceddo, fidèle aux croyances traditionnelles africaines était opposé à la colonisation et inflammable au christianisme et à l’islamisation.     Le Ceddo, volens nolens, un grand guerrier reconnaissable à ses dread-lock et ses amulettes....

Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon

  Tous les hommes n’habitent pas … : une scénarisation signifiante …Il se joue ici une négociation de nouveaux contrats d’articulation entre les pôles du romanesque à savoir le personnage l’intrigue et l’espace. On a trois personnages, trois intrigues et trois principaux espaces qui sont superposés. Chacun des personnages principaux, formant un nœud avec son espace, l'habite  à sa façon.      Le récit oscille ainsi entre trouées anticipatrices et retours en arrière ; entre la vie de pasteur du père Hansen, la vie de cinéaste de sa femme et la vie de prisonnier du fils. Tout cela se fait dans un mouvement d’explication et de mise au jour des dessous de la situation présente. On pourrait rapprocher le dynamisme narratif ici du motif traditionnel du roman policier, qui ne peut ménager le coup de théâtre final qu’en préservant la possibilité de la surprise. Le lecteur ignore le motif de l’incarcération de Paul, il ne l’apprendra qu’à la fin du roman. ...

Elle, parmi ses souvenirs : une photo-socio-autobiographie de Tanella Boni

 Elle, parmi ses souvenirs : une photo-socio-auto-biographie de Tanella Boni        « Une photo, est-ce vraiment un bout de papier neuf ou vieilli par le temps ? C’est tout un art de l’ombre et de la lumière. Voilà pourquoi cet art, qui essaie de capturer une image et de la fixer quelque part – mais où donc ? – dira toujours sa part de vérité à propos de qui nous sommes, où nous vivons, quels sont nos rêves, nos relations, nos lieux de vie, les paysages que nous traversons, l’ambiance qui nous entoure »       La photographie, pour se faire connaître — il faut photographier les êtres et les objets si on veut les connaitre selon Zola ; pour faire découvrir certains aspects de sa vie personnelle et familiale, reconstituer ses souvenirs en commentant une photo — la photo étant d’une aide importante pour l’auteure soucieuse d’exactitude. C’est à cet exercice que se livre Tanella Boni ici dans ce texte en forme libre sans structure contraignante. Sinon,...

L'odeur des étudiants dans la fiction romanesque (ivoirienne)

    Ces Soleils ardents, roman de mœurs         Ces soleils ardents est un roman qui voudrait se lire comme une observation minutieuse de la réalité sociale et une représentation sans concession du milieu populaire (estudiantin). C’est un grand miroir — si on veut parler comme l’auteur de Le rouge et le noir— que l’on promène le long d’un amphithéâtre. On nous renvoie alors les conditions difficiles des étudiants (principalement) en offrant un portrait détaillé de leur vie, du reste misérable. Il y émerge toutefois une galerie de personnages étudiants qui, accrochés à leurs rêves, s’évertuent à résister aux tempêtes. Comme quoi, on peut tirer le diable par la queue et décrocher une étoile.          L’intrigue du roman s’élabore de fait autour du parcours tumultueux de deux jeunes étudiants, Iro (on pourrait entendre héros) et Thierry, représentant chacun une voix narrative. « Toi et Thierry vous êtes vraiment faits du même boi...

La politique de réédition

        —LA RÉÉDITION          Parlons de la réédition chez-nous ici. Pourquoi on ne réédite pas les classiques? Pourquoi on laisse les auteurs mourir? Parce que les rééditer ne sera pas rentable ? Parce que les éditeurs n'y ont pas droits ? Parce que on s'en fout? Parce qu'ils n'ont plus d'intérêts...?        Quelle est la politique de la réédition à chez-nous pays?      Il y a combien aujourd'hui qui ont lu ou qui savent que Le poète Zadi Zaourou a aussi écrit en se mettant  "À califourchon sur le dos d'un nuage"?         Qui les connaît, qui connaît leurs œuvres, Noël X Ebony, Jacques Anoma, Anoma Kanié, Bertin Doutéo, Louis Akin, Fatho Amoy, Ake loba, Amon d'Aby, Bohui Daly, Simone Kaya, Koffi Kwahulé, Charles Nokan... De quoi on se nourrit donc aujourd'hui, nous Sankofa de Koumassi?     Bien-sûr, il ne faut pas confondre nouvelle édition et réimpression que les un...

Yves Arsène Kouakou se remet à l'écriture

 Comme une nouvelle        Comme une confidence de Yves Arsène Kouakou , un recueil de nouvelles. Tout le monde est poète ici et accessoirement nouvelliste, la nouvelle étant considérée comme un genre réservé à ceux à qui il manque du souffle pour écrire un roman.       Alors, la première de couverture est plaisante du fait du choix de la couleur qui ne fait pas dans la violence et dans l'exubérance. Mais la quatrième de couv présente un petit passage inexpressif et quasiment invisible à cause du long cv qui sert de biographie de l'auteur - ainsi que le font les éditeurs ivoiriens.        Cinq petites nouvelles qui se lisent facilement. La première fait don de son titre au recueil et en même temps chaque nouvelle s'offre comme une confidence; des secrets dans le placard, à dévoiler. L'auteur a le mérite de réussir ses chutes; il réussit les petits dribbles finaux qui jettent du charme sur le recueil.      ...

Henri-Michel YÉRÉ, un poète gardien de la mémoire

   La langue yéréenne : flamboyante        « Si ce pays ne me blessait pas les doigts quand je l’écrivais d’une main en retenant mon cœur de l’autre, je me demanderais alors la raison de toutes ces routes qui attendent mon pas pour que, justifiées, elles tiennent en demeure les racines des arbres qui travaillent à lier le monde la nuit, pendant que complots et tortures rougissent déjà le ciel qui nous tiendra de matin »       Je vous propose qu’on rentre tout de suite dans le vif du poème. Henri-Michel Yéré est poète. Dans un paysage où tous se disent poète, où parole usuelle semble avoir plus d’écho que la parole poétique, il devient impératif de parler de la poésie de Yéré. Qui est poète ? Lui. C’est-à-dire, capable d’inventer une langue (pas creuse) qui touche, et de donner l’impression d’être seul à en inventer de cette manière, capable de retirer toutes les digues qui retiennent la langue prisonnière des chants usés de tous les jours. ...

Bébé la Reine Or : La rebelle de Fatou SY

  Bébé la Reine de l’or : la rebelle de Fatou Sy Voici ce qu’il faut lire, Reine Or. Une expérience inouïe. C’est une pièce volontairement subversive (dédiée à Koffi Kwahué) dans laquelle le jeu se joue entre la puissante voix féministe (et poétique) de Bébé, Reine Or et la voix du personnage collectif, l’Araignée.   Pourquoi alors L’Araignée ? Parce que l’araignée représenterait la créativité et l’énergie féminine. C’est Bébé, la Reine Or ¾ La rebelle de Fatou Sy ¾ qui est à la tête de cette organisation d’orpailleurs clandestins, comme la reine Pokou guidant son peuple. « Bébé : rassemblez les affaires nous partons ». « Cléo : Vous avez entendu la cheffe ? ». L’Araignée a ici de l’énergie à chaque fois pour surmonter les obstacles. « L’Araignée forme/la bande des abjects de l’or. /Ils portent à chaque/ Étape du processus, /le poids de leurs vies. /Le poids de leurs questions encastrées ».   Solidarité, amour et...

C'KATCHA A PLUSIEURS ARTS À SON CORPS

 C’KATCHA A PLUSIEURS ARTS À SON CORPS Samedi 30 septembre à l’Institut Français de Côte d’Ivoire, a eu lieu le spectacle de C’katcha, artiste-slameur aux multiples talents. C’était un projet entraînant. On a pris du plaisir à effectuer le Voyage jusqu’à la gare avec lui. Sur le chemin, on a rencontré nos langues mortes ou moribondes ; nos noms qui sonnent faux, nos riches patrimoines…et nos maques. C’était un spectacle étoffé et le discours sous-jacent pourrait se traduire par ce qui est devenu une formule consacrée : « Le Cahier d’un retour au pays natal ». Aujourd’hui plus que jamais la question qui pend au nez de tout être humain à chaque seconde est le Qui suis-je ? ou Qui sommes-nous ?  C’est sans doute cette question qui a inspiré la création de cette belle pièce. Entre parenthèses : Si on ne sait, visiblement, plus où on va, faudra savoir d’où on vient. Qui sommes-nous ? On est ceci et on ne l’est plus la minute d’après. On est seulement ce qu’on pourrait être. ...