Dans les yeux d'un enfant
Écritude 6
À Bamba Siaka Doh Ouattara
Samedi 07, sur l’invitation de l’École des poètes de Côte d’Ivoire, nous étions à l’IF pour regarder le monde dans les yeux d’un enfant : Écritude 6.
Faut croire, j’ai fait l’effort d’arriver à l’heure, et je me suis assis devant afin de tout voir dans la Ligne de mire , avec Lepetit Morveux .
La première partie ou l’avant-spectacle avec les tout-petits, Lerie S, Dean …, c’était un moment enchanté, même si les rappeurs ou le rappeur et son ami sont venus encombrer la scène sans qu’on ne sache où ils voudraient nous conduire. Bref ! Impatients , nous étions, corps de vieux, regards d'enfants.
De la performance, des textes profondément intimes, des tableaux magiques ; de la lumière, du rire, du Placide, et surtout de la tristesse. Surtout de la tristesse. Les Poètes, comme toi, ne sont pas nés à la rue des jardins.
Quand le spectacle s'ouvre, nous sommes dans une cour d’école éclairée. Le matin, un lundi, sûrement, salut aux couleurs, des élèves, un enseignant (H20), un inspecteur peut-être en culotte (Nour) et un passant, qui n’est pas élève, au vu de son habillement (Aidara) qui montait le drapeau.
Décor planté, H20 est de retour sur scène. Moi je suis content, c’est un grand kickeur. Fallait le voir. Il sait à quel moment il faut placer le pied, la langue. Mais ça vient avec un peu de nonchalance, peut-être qu’il y a longtemps. Quand H20 fait son gospel, il sait nous avoir. Il nous embarque, et il place le petit truc au bon moment en jouant sur le sens double et ce depuis le Parti Unique (Écritude 2, je crois). On l’a dit aux plus jeunes : si on accepte le titre de slameur (même gospel), c’est que quelque part on fait de l’art. Alors le slam gospel n’est pas un CTRL + C et +V de la Bible, il faut créer et récréer…
Avant d’aller loin, pourquoi confier une narration à C’Katcha ? Lui, un narrateur ? Pas vraiment ! Pourquoi pas un enfant ou une voix d'enfant ?
Slameur après slameur, c’était intéressant la logique des textes. Mais beaucoup de moments de silence entre les tableaux. Avant le beau tableau de Dei Gostel et Placide Konan, on ne sait plus si on était toujours dans une cour d’école ou à côté. Le jeu de lumière est parti dans tous les sens. On hésitait entre la lumière de bars et celle d’une garderie. Même la prison… jeux de lumière autour on dirait…
Dans les yeux d’un enfant : enfant né en prison, enfant qui aimait jouer à l’école, enfant maltraité par sa génitrice ou sa belle-mère, enfant martyrisé par les adultes, enfant qui en veut à sa mère, à son père, au pays…enfant qui n’a pas eu la chance d’être enfant : « Je m’appelle Placide, j’ai 12 ans au moment où j’écris ce texte, et je ne suis pas un enfant ». Tout cela a donné un ton beaucoup sombre au spectacle comme si tous avaient eu une enfance difficile, comme toi.
Figure toi que je n’ai pas senti le Adam-mots qu’on connaît : il avait du mal à narrer son histoire. On a eu l’impression qu’il voulait dire le texte et partir.
Les jeunes, le casting était bon. La critique gérontocratique dirait : les jeunes ont de l'avenir. Athena, Ngnila (lui il progresse bien)... Mais, le tableau de R Steph et Mexanne...pourquoi les mettre ensemble, si chacun devait attendre son tour pour slamer, pour bouger… pas d’interactions, pas de connexion comme le duo (Placide -Dei) : ça sent la jeunesse, or c’est le moment. R Steph devra être lui-même...
Cher Chakito, chaque année, on a des invités…ah ! Y avait un Malien, un Canadien, un Togolais... bravo au Togolais !
Et puis l’instant magique. Bien sûr, Placide fait du Placide : être engagé seulement sans être poète engagé. Mais, ce tableau dont tu parlais... l’instant magique.
Ces moments inoubliables du slam comme quand Ferdinand et Akissi remettent en cause les frontières entre fiction et réalité, comme quand Agnessan apparaît sur scène, comme l’entrée de Kon’G à Écritude 2 (Pourquoi cherchez-vous un vivant parmi les morts, Kon’G est là), comme Alain Tailly remettant le bissa à Ninw’lou…, il y a ces instants qu’on oublie pas.
Cette prison à la fois physique et mentale, ce beau jeu de lumière, l’interaction des acteurs qui réussissent à faire vivre leurs textes… Après c’est Placide, il faut faire un beau texte, mais glisser Balthazar entre deux silences et voilà… Toutefois, je me suis demandé pourquoi les deux prisonniers ont transporté la prison avec eux ? Pourquoi la case n’a pas été brisée ? la thérapie par la poésie aurait-elle échouée ? Bon…
Dagblo le Simon Adingra, à chaque Écritude, il sort dans dos. Personne n'oubliera son refrain (Maman a besoin d'un psychologue...nonnnn....Siiiii’). Personnage atypique, s'il n’est pas classé, on ne vient plus à Écritude.
Et Mawata, Ndicka, ministre de la défense. C'est un sorcier qui a beaucoup de personnes dans la tête. Bravo… Mais le texte de Bilé aurait été plus beau avec une belle performance. Siiiiiii, c’était timide. Trop timide, trop de cassure. Pierre était Bilé l'an dernier. Le texte et la musique...
La scénographie ? rien ne nous rappelait l’enfance… La scène était vide mon ami. La scène était là, et on venait slamer.
Puis Ninw’lou que tu aimes tant. Juste venu confirmer. Il a réussi à nous faire revivre l'enfance (je dis nous, pas toi, qui n'as pas eu d'enfance)et en même temps, il réussissait ses coups de slam. Nour aussi, tu le connais...De là à là, enjaillement. Comme Noucy Boss. Bravo aux femmes, Fatouma, Christy... C'est Kon'g le metteur en scène en chef qui avait le dernier mot. On ne l'entendait pas bien au début. Ça sentait la fatigue.
Au prochain débusquement.
Erick DIGBE.
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