Le voile de "doux leurre "

 Ô doux leurre.... Une dernière pour la route


     Il y a des livres qui sont donc irrécupérables. Et les lire est une véritable torture comme si on était tombé dans les mains du Dr Laken Perillos... 


     Comment les gens deviennent écrivains ? Par accident. Par concours de circonstances. On devient écrivain comme on se marie dans une entreprise pour accéder à un poste de responsabilité. Un sésame qui coûte moins cher tant qu'on a quelques phrases maigrichonnes à aligner en espérant au final fabriquer une histoire sans tête, sans souffle. Avoir son homme sur un papier : au quartier on te kiffe. 


     Un écrivain m'a dit récemment : comme je dois animer une série de conférences, un livre à l'appui renforcerait mon message. Pardon, lis ça rapidement pour moi. C'est de cette manière qu'on devient écrinain dans ce pays. On "a réussi"; on s'est fait un nom dans un domaine, sur la toile...il manque que notre nom soit sur un papier pour accroître notre capital sympathie.  Il ne faut pas dire écrivain par procuration, ça fâche. 


      Comment je croise le chemin de ce livre en illustration ? Deux ans en arrière je crois, ce livre est imposé aux candidates du concours miss littérature ( je ne sais pas pourquoi les littéraires se sont réunis et ont décidé que leur concours littéraire devra se nommer ainsi... célébration de la beauté intellectuelle dit-on...) pour faire le résumé je crois et/ou en dire un mot dans la perspective du thème du concours. 


    Je devais travailler avec une candidate... Quand elle m'avait montré le livre, j'ai sursauté. Je lui ai demandé : c'est vraiment sur ça que vous devez exposer ? Le voile de "Doux leurre "? Il faut même mettre en évidence, avec des griffes ce jeu de mots pourri. Le voile de "Doux leurre" , Édition Cercle Média, collection Doubehi...Le voile même en question sur la couverture... 


    On lit beaucoup de choses dans ce pays. Il ne faut pas ouvrir ce papier. Il est divisé en partie. Et c'est bien écrit pour le bonheur des lecteurs PREMIÈRE PARTIE en lettres capitales et souligné comme dans un cahier de leçon d'un élève de CE2...


     Ma torture a donc commencé sur la première de couverture. Or j'étais content à l’idée de voir pour la première fois un livre de l'auteure. Jusque-là, l'auteure faisait partie, pour moi, des écrivains fantômes de ce pays. Qui ont le titre d'écrivain sans qu'on ne voie un seul de leurs livres. La page tournée, on tombe sur un texte incongru qui sert d'épigraphe : 


<< Nos voiles...nos masques...

As-tu déjà pensé qu'il pourrait exister 

Des voiles...des masques permanents ?

Le voile...le masque qu'on porte, toi comme moi

d'ailleurs,

Quand on ne veut pas se laisser connaître 

Quand on ne veut pas que l'autre 

Nous voit tel qu'on est...

Il faut être bien perspicace et patient

Et, il faut beaucoup d'amour pour en venir à bout.

ôte ton voile...ton masque, 

J'ai envie de voir ton cœur >>


    Alors ne lisez pas ce texte, paraît-il que c'est un roman. Histoire d'amour — Melody et Lazare (immanquablement) qui fait dans le cliché, pas que le cliché soit globalement mauvais, mais quand c'est un cliché construit avec des phrases sans âme ( L'avenir...quel serait-il, leur avenir ?/ Melody se passa et repassa l'enregistrement...) pour aboutir à une histoire d'amour aussi plate que pauvre, on regrette d'avoir dépenser du temps en vain. <<...elle sentit frémir sa mâle rigidité >>


    On sait comment ça se passe en général : deux personnages principaux qui ne se connaissent pas, vivent avec beaucoup de chance une vie conjugale débridée ou se remettent d'une rupture. Ils se croisent à l'occasion d'une fête, chacun avec son ami, les regards se croisent et savent déjà qu'ils vont se marier dans un futur proche . << Lazare était en pleine discussion avec Paul, quand il la vit. Il ne put en détacher ses yeux. Il n'écoutait plus son ami >>. Ils vont se rencontrer une ou deux fois, vont se sentir très proche. Après pause, quand l'un sait que l'autre est en couple. Le prochain chapitre, le foyer brûle. L'autre attendait l'union à la fin.


     Dès cette rencontre cliché à une cérémonie à l'hôtel Ivoire, la bousculade, le regard, et paf, c'est parti. Le narrateur ne cesse de nous saouler tout au long du récit avec l'information que ces deux, Lazare et Melody, finiront ensemble. <<Tu étais béat d'admiration devant elle...>> ; << je vous observe depuis hier >>, << Paul avait prédit que Melody et Lazare tomberaient amoureux l'un de l'autre. Cela se réalisa. >>


    On invente une vie ubuesque aux personnages afin d'avoir de quoi à écrire en attendant de revenir à cette histoire d'amour casse-tête. Alors on tourne en rond en répétant la même chose jusqu'à pour rien. Y a pas plus difficile à écrire qu'une histoire d'amour. Quand on pense que c'est la chose au monde la mieux partagée  — avec ces nombreux coups de foudre — , on reproduit une pâle copie d'un cliché.  


    Tout cela subi, on tombe nez à nez sur les fautes de grammaires les plus horribles qui ont dépassé l'âge de coquilles comme si on avait pas relu ce Doux leurre. << Quoiqu'il advienne >>, y a une différence entre quoi que et quoique. L'accord des adjectifs de couleur rend le texte sombre. Si vous prenez le risque (pour les masos comme moi) de lire ce texte, vous verrez que le jeu narratif de l'auteure se résume à traduire à chaque page le titre le voile de Doux leurre qu'on retrouve dans toutes les phrases. Ou encore justifier le jeu onomastique . Parce que l'amoureux sauveur se nomme Lazare, il faut dire partout qu'il est venu la ressusciter et ajouter d'où son nom Lazare...


oh là là... faut pas lire ce texte 


<<Après l'amour 

Après la désillusion...la "doux leurre "

Il y a le silence...

Les compteurs à zéro,

On est prêt à vivre de nouveau >>.


Érick DIGBE, Critique littéraire.

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