GUSTAVE FLAUBERT, LE JEUNE ÉCRIVAIN

       UN PARFUM À SENTIR OU LES BALADINS suivi de PASSION ET VERTU: LA NAISSANCE D'EMMA BOVARY 

          Un parfum à sentir ou les baladins et Passion et vertu sont deux textes méconnus de FLAUBERT écrits dans sa jeunesse. Il nous y offre deux magnifiques portraits de femmes qui annoncent déjà l’inoubliable Emma Bovary. La condition de la femme est sans contexte l’un des motifs récurrents de la fiction romanesque du XIXe siècle. Le contexte social est caractérisé par la montée de cris des femmes. Elles commencent à se révolter le code napoléonien qui enferme la femme dans la prison de l’espace familial en la considérant comme un être mineure. Les femmes ne veulent être en retrait conformément à ce code. Les romanciers en font écho dans leurs productions. Des figures de femme chez Hugo, Zola, Balzac, Stendhal où la femme est présentée dans le foyer comme une prisonnière ou c’est la société qui lui laisse la prostitution comme choix. La femme, ou elle s’ennuie dans le foyer et est en proie à toute sorte de vices, ou elle souffre de dépression sous le pouvoir patriarcal de l’homme. 

          Le jeune Flaubert écrit ces pages « sans suite, sans ordre, sans style » sans penser à les rendre publics un jour. Ils devaient, selon la volonté de l’auteur, rester dans la poussière de son tiroir. C’est donc dans un style digeste qu’il réunit d’abord sous le même toit une saltimbanque laide, méprisée, édentelée, battue par son mari et une autre saltimbanque jolie, couronnée de fleurs, de parfums et d’amour ; puis les fait déchirer par la jalousie jusqu’au dénouement tragique, le suicide de la délaissée. Dans le second texte, l’auteur présente Mazza, douce et rêveuse jeune femme, mariée et mère de deux enfants, qui succombe malheureusement au charme d’un arriviste. Cette passion aveugle la transforme en criminelle ; elle tue ses enfants et son mari pour suivre son amant, mais mourra en se suicidant quand elle saura que son amant avait juste abusé d’elle : les conséquences de l’adultère. 

          Flaubert décrit les douleurs cachées de la femme mariée, ses douleurs profondes qu’elle est obligée de couvrir avec de faux sourires, des costumes de parades. La femme est perpétuellement en proie à la prostitution, à l’adultère, au mensonge, à la mendicité et elle lie une amitié avec la faim. Dans une telle atmosphère carcérale, le suicide devient la seule issue. En nous faisant plonger dans la psychologie de la femme, Flaubert nous amène à nous interroger : à qui la faute ?   La faute aux circonstances réunies par la société, aux préjugés sociaux, à la nature…mais pas aux personnages. 

         Pourquoi le romancier fait mourir les deux personnages par suicide ? Le suicide donne l’apparence d’une mort souhaitée, une mort volontaire. Mais au-delà, il faut savoir que chaque jour, la société pousse un être au bout du gouffre. Dans le foyer, la femme est quotidiennement traversée par un flot de sentiments : douleurs et malheurs, stress et frustration…qui engendrent la dépression. Le feu du foyer a des répercussions psychologiques sur la femme. Le foyer, qui est supposé être un nid d’amour, devient un terrain de bataille à la fois physique avec l’homme et psychologique avec tous les sentiments monstrueux qui animent la femme…alors c’est le suicide qui vient tirer la femme de la prison du foyer conjugal et de la société elle-même…

        Enfin, le jeune Flaubert, à travers ces deux personnages, signalait déjà la naissance d’EMMA Bovary, le profil d’une épouse désenchantée. Emma B est en effet l’incarnation de la femme qui s’ennuie ; le manque d’activité ou d’action la rend mélancolique, état qui la laisse à la merci du premier venu. Séduite, humiliée, la naïve cruellement déçue manque de mourir de désespoir. Pourtant elle se lance dans une nouvelle aventure qui la conduit à une perdition morale et financière. Emma est le symbole de la femme adultère à la fois romantique et dépravée dont les traits sont déjà perceptibles à travers les personnages de Marguerite et de Mazza…


DIGBE, Tato Érick

#dixfoigbe

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

LA VOIE DE MA RUE

Où il est question d'obscurité dans la poésie

L'odeur des étudiants dans la fiction romanesque (ivoirienne)